Après le renversement du communisme en Europe de l’Est et en Union soviétique, la République fédérale de Yougoslavie est restée le seul pays de la région à n’avoir pas rejeté ce qui restait de son socialisme pour installer à la place un système de marché sans entrave à la pénétration du capital. La Yougoslavie avait en effet refusé l’ouverture totale de son économie, de son secteur public important et de ses ressources nationales à prix bradés aux investisseurs et aux créanciers internationaux. C’est pour cette dissidence face au catéchisme inquisiteur capitaliste, et pour rien d’autre, que la Yougoslavie fut attaquée, démantelée et dévastée. Bien sûr il a fallu habiller cette vérité concrète dans la narration mensongère imposée ad nauseam par les médias et les pouvoirs politiques occidentaux : enrôler la question ethnique pour servir des intérêts de classe, en diabolisant Milošević comme le génocidaire absolu, et arriver à faire croire, malheureusement même à l’honnête homme, que l’OTAN, pourtant bras armé du capitalisme prédateur, avait effectué une « conversion humanitaire ». L’on tenait enfin une « guerre juste », des bombardements capitalistes humanitaires ! Michael Parenti montre ici au contraire que la plupart des opérations de nettoyage ethnique à travers l’ex-Yougoslavie ont été perpétrées non pas par les Serbes mais contre eux ! Et que le « plus grand défi militaire » – d’après l’expression de Clinton – de l’histoire de l’OTAN, fut en fait un passage à tabac sadique d’un petit pays par les forces militaires les plus puissantes du monde. Et comble de déréliction pour les Yougoslaves : ces puissances occidentales, pourtant entièrement responsables de l’effusion de sang et de la dévastation, ont pu apparaître comme… des sauveurs ! Dès la fin de la Guerre froide donc, la nature hideuse du capitalisme, désormais ibéré de la bride que le monde communiste concurrent lui imposait jusqu’alors, a pu se révéler sans plus aucune retenue. Ces bombardements impitoyables sur la Yougoslavie furent les premières concrétisations d’une longue série d’agressions prédatrices réalisées par une institution non élue, l’OTAN, qui se place au-dessus des lois, des nations et des peuples.

En savoir plus sur l’auteur

Tuer une nation. L’assassinat de la Yougoslavie

MICHAEL PARENTI

Préface de Diana Johnstone, auteure entre autres de La Croisade des fous. Yougoslavie, première guerre de la mondialisation, Le Temps des Cerises, Paris, 2005.

19 euros

Référence : 978-2-915854-65-7

One Response

  1. Julien Chassereau

    Un éclairage essentiel, primordial, sur un les ressorts et les réalités des conflits en ex Yougoslavie. Comment les grands médias occidentaux relaient des informations fausses, taisent des résultats d’observations et d’enquêtes objectives, mentent et, malgré les démentis officiels, refusent de se contredire en rétablissant la vérité, manipulent l’opinion publique et, finalement, s’apparentent à des services de communication des gouvernements aux idéologies impérialistes. Car c’est bien grâce à cette propagande efficace que l’on a pu commettre un tel crime au cœur de l’Europe, déstabiliser une région, au prix de milliers de morts (et pas ceux que l’on nous dit), sans aucun respect pour le droit international, pour installer des régimes favorables aux intérêts de L’UE et des USA. La honte et l’effroi nous saisissent à la lecture de ces lignes (à l’instar de la lecture du très bon Ukraine, le coup d’État fasciste). Espérons que ces sentiments cèdent bientôt la place à la colère et à la révolte. Ce genre d’ouvrage peuvent en tout cas contribuer à une prise de conscience nécessaire.

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