In Memoriam Jean Salem (1952-2018)

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Jean Salem est décédé ce 14 janvier des suites d’une longue maladie.

Jean Salem était d’abord un de ces représentants, devenus trop rares, de l’intellectuel universel, savant de tout, mais chez qui, contrairement à “l’animal intellectuel” dont parle Hegel, l’ubiquité n’empêchait pas la densité.
La culture n’était pas chez lui le déni pimpant du tragique au service d’une pure abstraction. Elle aidait à prendre la décision politique juste. Et la rigueur avec laquelle l’engagement était pris n’empêchait nullement l’affabilité, le tact qu’il mettait à défendre ses idées.

L’élégance de plume était aussi l’une de ses marques.

Fils de “résistants par logique” comme on l’a dit de Cavaillès, il ne pouvait que devenir ce “grand prof communiste” qui participait de l’idéal familial: le condensé de la générosité du savoir et de la profondeur de l’engagement.
Pic de la Mirandole plongé dès sa naissance dans un univers cornélien, où l’épopée communiste lui donnait autant d’ “exempla” à méditer, il acquit par là la profondeur d’un penseur antique. Son oeuvre peut être lue comme une méditation sur l’ensemble de Marx et sur ce que, malgré tout, Marx ne nous dit pas : comment vivre, comment résister au plus profond de soi à l’oppression et à la mort.

A la nouvelle de son décès, j’ai soudain pensé à cette phrase de Retz, plus latine que tout :

“Dans les mauvais temps, je n’ai point abandonné la ville ; dans les bons je n’ai point eu d’intérêts en vue ; dans les désespérés, je n’ai rien craint.”

Elle le représente bien. Il n’a jamais abandonné la cause, n’a brigué nulle faveur, y compris dans son propre parti où il n’a jamais accepté qu’on fît n’importe quoi du mot “communiste” ; à l’épreuve d’une longue maladie, il a fait preuve de courage.
Puisse son exemple éclairer nos consciences.

Aymeric Monville, 14 janvier 2018.

4 Responses

  1. Nadine Gizon

    En hommage à toi, Camarade – c’est un joli nom, camarade 😉 – cette phrase si symptomatique de notre monde présent : « Ils se figurent qu’ils pensent et ce sont ces êtres sans pensées qui s’érigent en arbitres de ceux qui pensent vraiment. » Martin Eden / Jack London
    Nous te garderons au cœur.

  2. guillo

    Adieux camarade. Tu as été une personne qui m’a beaucoup influencé dans mes lectures et analyses. Encore merci et ton absence est une perte pour la réactualisation du communisme.

  3. sangliertriste

    Quelle tristesse que parte si tôt un homme si généreux, si fin, si courageux. Quand tant d’autres restent, crevards de la pensée.
    Hommage à toi monsieur Salem. L’esprit reste.

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